Mot-à-mots

"J'ai commencé ma vie comme je la finirai... Au milieu des livres" (Jean-Paul SARTRE)

mardi 15 mai 2012

Katiba - Jean-Christophe RUFIN

katiba

Flammarion, 21 avril 2010, 400 pages

Résumé de l'éditeur :

Quatre touristes occidentaux sont assassinés clans le Sahara. L'attaque est signée al-Qaida au Maghreb islamique, une organisation terroriste implantée dans les anciennes zones d'influence française d'Afrique de l'Ouest. Tout laisse à penser qu'elle veut aller beaucoup plus loin et rêve de frapper la France au coeur. L'événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements, de Washington aux Emirats, d'Alger à Paris.

Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d'Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d'une opération d'envergure inédite. Quels liens cette Française à l'élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? Quelle secrète influence pèse sur elle depuis la disparition de son mari, consul de France en Mauritanie ? C'est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement.

Mon avis :

Non, Katiba n'est pas le nom de l'héroïne. Le terme désigne en fait un camp de combattants islamistes en Afrique du Nord. Me voici donc plongée dans le désert saharien entre le sud-algérien et le nord de la Mauritanie. Mais aussi dans les salons dorées du Quai d'Orsay.

Un roman foisonnant et dépaysant, car même les américains s'en mèlent, sans oublier une nouvelle agence de renseignement sud-africaine.

Voici donc un roman d'espionnage auquel j'ai tout compris, chose assez rare pour être soulignée. Un espionnage "à la française" dans lequel il est question de la délicate place de l'Algérie, ainsi que du terrorisme islamique.

J'avais lu, il y a quelques années, "Globalia" du même auteur, roman d'anticipation dont j'avais trouvé la fin un peu légère. Rien de tel dans ce dernier roman de l'auteur. Le suspens est maîtrisé du début à la fin et va crescendo, les personnages crédibles de bout en bout, et les paysage magnifiquement bien décrits.

Bref, j'ai été conquise par cette histoire de préparation d'un acte terroriste.

L'image que je retiendrai :

Celle du désert du Sahara, si vaste que les trafiques en tout genre y pullulent : armes, hommes, drogues...

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dimanche 13 mai 2012

J'étais tueur à Beckenra City - Hugo BUAN

tueur-beckenra

Pascal Galodé Editions, 20 avril 2012, 263 pages

Résumé de l'éditeur :

C'est dans cette ville, que l'on pourrait situer en Amérique du Sud, que vit Leonard. Comment cet adolescent abandonné à seize ans sur un trottoir de Beckenra, (en état d'amnésie) va devenir un des pires tueurs de son Pays ?

Chasseur de primes. Tueur à gages. Tueur psychopathe. Leonard nous le raconte, tranquillement, paisiblement, sans aucune animosité sauf pour les marécageux, ces zombies qui vivent hors de " sa " société. Leonard évoque ses deux premiers crimes... Ont-ils tracé la voie de son existence ? Certainement. Mais dans quelle mesure ?... Il ne montre aucune curiosité sur son enfance oubliée. Ça ne l'intéresse pas.

Et que dire de Beckenra City ? Cette ville-vallée inaccessible... Vallée qui se voudrait indépendante dans le Royaume Démocrate. Leonard va servir toutes les causes qu'il croit justes, mais surtout celle de l'argent... A ses risques et périls. Ce récit de Leonard nous transporte avec lui dans l'acceptation d'un contrat sur la tête de la Bourgmestre de Beckenra, Luth Miller, jusqu'à sa conclusion. Va-t-il réussir à tuer la belle Luth ? En tout cas, il va y déployer toute son énergie...

Mon avis :

Exit, le commissaire Workan et la Bretagne, nous voici plongés dans une ville imaginaire dont Léonard, tueur à ses heures, nous décrit les méandres, ainsi que les méandres de sa propre vie.

On y croit, à ce tueur "né" à 16 ans qui fait preuve d'humour, parfois, par petites touches (on ne se refait pas, n'est-ce pas Monsieur Buan ?). Et on le suit dans ses contrats et ses virées dans la zone de non-droit de la ville.

Ses habitudes : deux appartements, dont un uniquement pour ses armes loué sous un faux nom ; une voiture de location ; un ami qui le tirera d'un mauvais pas.

Et puis la ville, surtout, tentaculaire, aux quartiers bien séparés : la zone des marécages pour les rejetés de la société, les immeubles du centre pour les classes moyennes, la banlieue chic pour les classes dirigeantes.

Dans ce nouveau roman, l'auteur a su se dégager de son Commissaire et explorer une autre facette du genre humain, plus noire.

Pourtant, au final, je préfère Workan et ses bons mots.....

L'image que je retiendrai :

Celle d'une ville aux grandes artères et immeubles mais qui semble désespérément vide.


Je remercie les Editions Pascal Galodé, fournisseur officiel de mes lectures buanesques...

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vendredi 11 mai 2012

Les visages écrasés - Marin LEDUN

visages-ecrases

Seuil, 24 mars 2011, 320 pages

Résumé de l'éditeur :

" Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines.
Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d'équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agence ou partis par la petite porte. (...) L'infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition.
La paie, amputée des arrêts maladie, et des primes au mérite qui ne tombent plus. Les objectifs inatteignables. Les larmes qui montent aux yeux à tout moment, forçant à tourner la tête pour se cacher, comme un enfant qui aurait honte d'avoir peur. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul. Mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue.
La peur et l'absence de mots pour la dire. Le problème, c'est l'organisation du travail et ses extensions. Personne ne le sait mieux que moi. Vincent Fournier, 13 mars 2009, mort par balle après ingestion de sécobarbital, m'a tout raconté. C'est mon métier, je suis médecin du travail. Ecouter, ausculter, vacciner, notifier, faire remonter des statistiques anonymes auprès de la direction. Mais aussi : soulager, rassurer.
Et soigner. Avec le traitement adéquat. "

Mon avis :

Si vous avez lu "Les heures soutteraines" de Delphine de Vigan, vous vous souvenez que l'univers de l'entreprise qu'elle décrit est sombre et sans pitié. Et bien, Marin Ledun tape encore plus fort. Si, si, c'est possible.

L'auteur se place dans la peau et les pensées de la psy d'une entreprise de démarchage téléphonique qui a déjà connu plusieurs restructurations, et quelques suicides. Mais dans ces pages, c'est au tour de la psy de pêter les plombs : stress, absence de vacances, accès aux médicaments sans limite, et événement déclencheur lui font presser la détente et éliminer un de ses collègue et patient.

Tout le roman tourne donc autour de cette énigme : pourquoi ?

La narration est sans fioriture, phrases courtes et sèches. A tel point que je me suis sentie immergée dans cette ambiance de rentabilité de l'entreprise, stressante pour le lecteur également.

Et puis, tous les types de psychotropes légaux nous sont détaillés par le menu, car la psy les a tous à disposition et en absorbe jour et nuit à une cadence infernale.

Un roman noir, très noir, sans issue.

L'image que je retiendrai :

Celle de l'estomac de la psy qui ne peut plus avaler rien de solide, si ce n'est des cachets.

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mercredi 9 mai 2012

L'été de l'ours - Bella POLLEN

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Belfond, 26 janvier 2012, 515 pages

Résumé de l'éditeur :

Après le décès aussi soudain qu'inexpliqué de son époux, haut diplomate anglais, Letty Fleming prend une décision : fuir l'ambassade de Bonn en pleine guerre froide et s'installer avec ses trois enfants sur une île d'Ecosse.

Mais la distance n'y fait rien, Letty ne peut se détacher de ces questions : son mari était-il vraiment le traître qu'on lui a dépeint ? Et quelles menaces rôdent autour des siens ?

Comblant les silences de leur mère et l'absence de leur père, les enfants, eux, tentent de reconstruire leur vie. Tandis que la douce Georgie découvre les joies de l'amour, la terrible Alba passe son chagrin et ses nerfs sur son jeune frère. Hypersensible, doté d'une imagination sans bornes, Jamie envoie des bouteilles à la mer en songeant à celui qui ramènera leur père...

Arpentant les plages et la lande désolées, un ours solitaire rêve de liberté et d'une âme à sauver...

Mon avis :

Voici un très beau roman plein de bons sentiments où les gentils auront des réponses à leurs questions et dans lequel le méchant gouvernement n'aura pas le dernier mot.

Mais que cette histoire est racontée de façon embrouillée : oui, il y a des falsh-back avec ce qui s'est passé à Bonn avant la mort du père, puis des retours en arrière de flash-back pendant lesquels Georgie se souvient de ce qui s'est passé lors de son voyage à Berlin-Est avec son père. Sans oublier la façon si particulière de réfléchir de Jamie.

Et puis il y a l'ours, également, qui est parfois le narrateur de certains chapitres.

Le gouvernement britannique qui est méchant, fait parti intégrante de l'histoire : il ne veut rien expliquer à propos de la mort du père et construire un centre de lancement de missiles nucléaires sur la fameuse île.

Bref, (comme dirait certains) tout ceci ne m'a pas franchement permis de m'émouvoir à la lecture de ce roman.

Je fais donc ce triste constat : j'ai perdu mon âme d'enfant (bouououou....)

L'image que je retiendrai :

Il est beaucoup question d'ours (Lystig, tu vas adoré) à telle point que je me suis demandée pourquoi le récit ne se déroulait pas à Berne.

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lundi 7 mai 2012

Le Chagrin et la Grâce - Wally LAMB

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Belfond, 7 janvier 2010, 532 pages

Résumé de l'éditeur :

Quand, en avril 1999, son épouse Maureen échappe de justesse au massacre de Columbine, Caelum cherche refuge avec elle dans la ferme de son enfance à Three Rivers, Connecticut. C'est là qu'il découvre des archives familiales insoupçonnées : les lettres de son aïeule, militante abolitionniste, anéantie par la perte de ses fils au front ; les journaux de son arrière-grand-mère, fondatrice de la prison pour femmes du comté, hantée par la descente aux enfers de sa soeur ; des coupures de presse sur les tragédies locales de ces années 60 qui ont vu grandir Caelum aux côtés d'un père alcoolique revenu traumatisé de la guerre de Corée...

Au fil de ses recherches, Caelum, stupéfait, voit se recomposer deux siècles d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur, et ressurgir le terrible secret de ses origines... Pour tenter de comprendre cette infinie colère qui l'habite depuis toujours, Caelum va devoir explorer les recoins les plus obscurs de sa mémoire...

Mon avis :

Waouh ! Quelle fresque !

Bon, un peu long peut-être, mais une écriture qui vous prend par la main et qui vous emmène au coeur de l'Amérique de W.

L'histoire commence à Columbine quelques jours avant la tragédie. Caelum rencontre les deux élèves-tueurs dans une pizzeria et discute un peu avec eux car ils sont ses élèves à son cours d'écriture.

Puis, le mardi fatale arrive et la femme de Caelum reste cachée dans un placard jusqu'à l'arrivée des secours. C'est le début de sa descente aux enfers : Syndrome de Stress Post-Traumatique, dépression, dépendance aux médicaments. Attention, cette partie dure la première moitié du roman.

Puis le couple déménage dans le Connecticut, et là, Caelum va découvrir la vérité sur sa mère et sa famille grâce à ses locataires.

Sans oublier le personnage de Velvet, la jeune fille que Caelum avait pris sous son aile, puis sa femme, puis son locataire.

Caelum s'interroge beaucoup sur les causes de la tuerie de Columbine, et nous avec lui. Mais aucune réponse n'est satisfaisante car de nombreux facteurs entrent en collision. Celui qui m'a le plus frappé : Caelum explique que dans les lycées américains, les élèves les plus en vue sont les sportifs. Chouchoutés, ils peuvent se livrer à toutes sortes de turpitudes sur leurs camarades les plus fragiles. Même si ils sont vus par les professeurs, jamais personne ne leur dira rien. Erik et Dylan n'étaient pas des sportifs, et se faisaient maltraiter, comme d'autres. A qui la faute, alors ?!

Et puis il est également question de la condition des femmes détenues : leurs conditions de détentions ainsi que ce qui les a conduit en prison.

La théorie du chaos est elle, aussi, présente, ainsi que les mythes fondateurs grecs, ses deux "théories" expliquant certines situations.

Bref, l'auteur dresse le portrait d'une Amérique qui envoit ses forces vives se faire tuer ou blesser en Irak (à eux aussi le SSPT au retour) ; de gens qui enchaînent plusieurs petits boulots pour payer les notes d'avocats et d'hôpital ; et qui se nourrissent dans des chaînes de restaurants, les mêmes dans tout le pays ; celle de l'alcoolisme latent de certains personnages.

Un roman plein d'espoir, pourtant, car Caelum croie en sa vocation d'éducateur et a le coeur sur la main. Des personnages attachants, donc, foisonnent dans ce livre.

Même si je n'adhère pas à la fin du roman un peu trop christique à mon goût, et même si parfois, ce roman comporte des longueurs, j'ai beaucoup aimé cette lecture qui m'a plongée au coeur des Etats-Unis.

L'image que je retiendrai :

Il y en a tellement.... Celle de Velvet et de ses couleurs de cheveux improbables ; celle de la psychothérapeute du couple et de ses saris aux couleurs chaudes.

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samedi 5 mai 2012

A la folie - Pascal MARMET

alafolie

France-Empire, 16 février 2012, 175 pages

Résumé de l'éditeur :

Armée d'une bonne dose d'insolence et avec l'impertinence de ses vingt ans, Joanna force la porte d'un prestigieux groupe de presse et, grâce à son audace, se fait embaucher par la directrice d'un célèbre magazine féminin. Alors que sa destinée semble s'améliorer, son passé trouble la rattrape sous la forme d'un journal intime dont elle hérite d'une parfaite inconnue.

Ce cahier va placer sur son chemin Pascal Langle, un propriétaire de théâtre rongé par la tristesse. Lui aussi reçoit un des onze cahiers de sa compagne décédée dans ses bras il y a dix ans.

A leur insu, un manipulateur usé par la folle dirige dans l'ombre un odieux projet

Mon avis :

Voilà un polar que je qualifierai d'"étrange".

D'abord le style, haché, qui m'a destabilisé au début, puis j'ai réussi à entrer dans "la petite musique" de l'auteur, mais ce ne fut pas sans mal.

Ensuite l'histoire, rocambolesque à souhait. Destabilisant également le changement de point de vue à chaque chapitre, ou presque.

Une machination bien folle pour récupérer 11 cahiers dont on ne saura rien, ou pas grand chose, au final. Une explication scientifique décrite bien vite également. Des hasards qui font bien les choses, et une fin en happy-end. Un peu frustrant, j'aurais aimé que l'auteur délaye un peu plus, parfois.

Au final, un roman qui nous emporte aux portes de la folie, tant par son style que par l'histoire racontée et la façon de la narrer. Un univers "à part".

L'image que je retiendrai :

Celle du yacht luxueux sur la "croisette" de Cassis.

Je remercie l'auteur pour l'envoi de son roman, ainsi que pour sa dédicace.

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