lundi 14 novembre 2011
Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de VIGAN
JC Lattès, 17 août 2011, 436 pages
Résumé de l'éditeur :
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.
Mon avis :
Voilà enfin que ce roman tant attendu est parvenu entre mes mains et devant mes yeux. Devant les critiques dithyrambiques de la blogosphère, je vais émettre un bémol.
Oui, ce roman, ou plutôt, pardon, ce récit d'une vie, est bouleversant. Pourtant, de la vie de Lucile, je n'ai lu que des blancs. A quoi pensait-elle quand son regard était "ailleurs" ? (Allez, je vous vois arriver : sa fille dit elle-même qu'elle récolte des témoignages et qu'elle ne veut surtout pas romancer. Certe, mais nous ne saurons pas grand-chose de la jeunesse de sa mère). Sa personne s'inscrit dans l'absence, le vide, déjà.
Oui, ce livre parle de la folie de sa mère. Mais ce n'était finalement pas sa fille aînée la plus proche d'elle lors des crises, avant et après. Elle a très vite pris ses ditsances. Je ne lui en veux pas, j'ai fait la même chose.
Alors pourquoi choisir d'écrire si rapidement sur la mort de celle qu'elle connaissait si peu ? Pour s'en libérer ? On ne s'en libère jamais tout à fait. L'auteure arrive à une chouette conclusion, mais si l'on a soi-même été un tant soit peu été confronté au problème, il y a longtemps que l'on en a tiré la même déduction.
Au final, j'ai bien aimé la comparaison avec les toiles noires de Pierre Soulages. Le "personnage" de Lucile s'inscrit "par défaut" et brille par reflets, grâce aux réflexions des autres.
Je reconnais tout de même que le travaille qu'a entreprit l'auteure, je ne l'aurai pas fait : remuer ciel et terre pour tenter de comprendre le geste fatale de sa mère. Briser les taboux familiaux, faire remonter les vieilles rancunes et les anciens drames. Je lui tire donc mon chapeau.
J'ai trouvé qu'il manquait plein des choses dans ce récit : les voix masculines (le père de l'auteure, entre autre, qui aurait pu, lui aussi, apporter son éclairage).
Mais je comprends maintenant aussi un peu mieux pourquoi ce roman n'a pas reçu le Prix Goncourt.
L'image que je retiendrai :
Bizarrement, celle de la couleur noire, comme les toiles de Soulages et le pull sur la couverture. Pourtant, c'est un roman qui m'a paru très lumineux.
(Allez, lâchez vos coms, je sais que vous n'êtes pas d'accord avec moi, c'est d'ailleurs ce que j'aime dans la littérature).
Commentaires sur Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de VIGAN
- Pour "les voix masculines (le père de l'auteure, entre autre, qui aurait pu, lui aussi, apporter son éclairage)", l'auteure explique pourquoi elle n'a pas voulu donner la parole à son père.
Un livre lu en apnée totale... ( je sais, il faut que je fasse attention, sinon un jour, je vais oublier de reprendre ma respiration). Mais je comprends qu'on puisse ne pas adhérer à ce livre. - J'ai aimé ce livre mais je comprends tout à fait tes bémols.
En effet il manque pas mal d'éléments pour que l'on puisse cerner Lucile mais c'est un choix de la part de l'auteure, dont le but était je crois de s'approcher de la vérité sans forcément l'atteindre (ce qui de toute façon aurait été impossible...).
Merci pour ta critique en tout cas, c'est bien de lire des avis différents! ;o) - Rien à voir... mais je viens de te taguer! C'est le portrait chinois... et c'est ici que ça se passe:
http://fattorius.over-blog.com/article-portrait-chinois-tague-trois-fois-88715624.html
A toi de jouer, si le coeur t'en dit! - J'ai vu l'auteure dans une émission et elle disait qu'elle voulait un roman féminin justement ; alors sans doute que ce sont les raisons qui font que la voix masculine n'est pas représenté.
Elle est une écorchée de la vie et je pense que ce livre est thérapeutique pour elle. Elle est dans ma LAL. J'espère le lire bientôt. - Le point de vue est celui de l'auteure donc forcément subjectif et partial. C'est elle qui tente de remonter l'histoire de sa famille particulièrement marquée par les femmes (sa grand-mère est un personnage. C'est aussi un livre sur la relation mère-fille sur deux générations. J'ai beaucoup aimé ce bouquin notamment parce que D. de Vigan s'interroge constamment sur le bien-fondé de son entreprise, ce qui le rend plus proche des lecteurs ; sans cela, je crains que ce livre eut été un énième roman familial banal. Là, elle hisse son histoire à un haut niveau. Et puis une auteure qui prend comme titre une phrase d'une chanson de Bashung, qui le cite dans son livre et qui l'écoute très souvent ne peut faire que des choses bien (bon, je sais c'est un argument douteux, mais je fais ce que je peux pour le défendre)





























(bientôt)